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GENEVE (AFP) - Le chorégraphe français Maurice Béjart, qui a su
mettre la danse à la portée d'un large public, est décédé à l'âge de 80
ans dans la nuit de mercredi à jeudi à Lausanne, où il a conclu sa
prolifique carrière.
Il "est sans doute déja en train de faire danser les étoiles", a
réagi l'ancien danseur étoile Patrick Dupond. "Le dieu de la danse est
mort", a dit pour sa part la célèbre ballerine italienne Carla Fracci,
71 ans.
Pour son 80e et dernier anniversaire, Maurice Béjart avait créé à
Lausanne une "vie du danseur, racontée par Zig et Puce", un retour sur
ses principales créations en forme de "méli-mélo" malicieux.
L'affiche du spectacle était barrée d'un "Amor-4-Vingt" : une
manière de proclamer que le maître aura toujours (quatre fois) vingt
ans...
Le chorégraphe du "Boléro" de Maurice Ravel (1960) disait ne pas
craindre la mort car "elle est une certitude". "Je crois que l'on meurt
toujours à temps (...) Le temps est compté différemment pour chacun,
mais on meurt à temps", avait-il déclaré à l'agence de presse suisse
ATS.
L'artiste, qui était en très mauvaise santé depuis plusieurs années,
avait été hospitalisé la semaine dernière afin de suivre un traitement
cardiaque et rénal "strict" qui devait durer plusieurs semaines. Il
avait déjà été admis à l'hôpital le mois précédent, officiellement pour
se remettre d'un "coup de fatigue".
Malgré sa santé défaillante, le créateur de quelque 140
chorégraphies a suivi quotidiennement jusqu'à son hospitalisation les
activités de sa compagnie du Béjart Ballet de Lausanne (BBL), qu'il
dirigeait depuis 1987.
Maurice Béjart et sa compagnie au Palais des sports à Paris, le 25 mai 2005
©AFP/Archives - Bertrand Guay
Maurice Béjart a encore quitté brièvement l'hôpital pour assister
quelques jours avant sa mort à la répétition de son dernier spectacle,
le "Tour du Monde en 80 minutes" dont la première mondiale est
programmée pour le 20 décembre à Lausanne. Le spectacle devrait ensuite
venir à Paris, puis en tournée mondiale.
La survie de la compagnie et de l'école du BBL est assurée par
contrat pour les trois ans à venir, a indiqué la Ville de Lausanne.
Le Béjart Ballet Lausanne était le dernier avatar d'une troupe née à
Paris en 1954 avant d'émigrer pendant 27 ans à Bruxelles où l'ensemble
avait pris la forme du "Ballet du XXe siècle".
Avec des mises en scènes parfois extravagantes, Maurice Béjart a
emporté l'adhésion du public et l'a familiarisé, non sans mal, à la
danse contemporaine comme à la musique concrète.
Né le 1er janvier 1927 à Marseille, Maurice Berger (qui devait plus
tard adopter, en hommage à Molière, le nom de famille de l'épouse de
celui-ci, Armande Béjart) est le fils du philosophe Gaston Berger, qui
fut membre de l'Institut.
La troupe de Maurice Béjart le 25 mai 2005 au Palais des sports à Paris
©AFP/Archives - Bertrand Guay
Après une licence de philosophie -pour cet adepte de Nietzsche, le
ballet était un "Gai savoir"-, il avait abandonné ses études pour se
consacrer à la danse, découverte à l'âge de 14 ans sur les conseils de
son médecin pour "fortifier son corps malingre".
Après une formation classique à Londres et à Paris, il avait signé
sa première chorégraphie en 1952 pour un film suédois, "L'oiseau de
feu", dont il est le premier interprète.
Dénonçant rapidement un art "coupé des masses", Maurice Béjart a
innové avec "Symphonie pour un homme seul" (1955), sur la musique
d'avant-garde de Pierre Henry et Pierre Schaeffer. "On m'avait dit :
'vous allez faire fuir les gens'", se souvenait Maurice Béjart.
Le chorégraphe disait ne pas avoir "eu honte de faire beaucoup de
mauvais ballets". "Sur la quantité, on jette, il n'y en a pas beaucoup
qui sont bons, peut-être cinq ou six choses qui ne sont pas trop
mauvaises", expliquait-il.
Le chorégraphe gardait une certaine rancoeur envers la France, qu'il
avait quittée en 1960 pour s'établir à Bruxelles. "Je n'ai jamais reçu
un centime du gouvernement français", rappelait-il.
"Avec l'Opéra de Paris, c'était un peu je t'aime, moi non plus", a
rappelé la directrice de la danse de l'Opéra Brigitte Lefèvre.
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