Création d'entreprise en France : la perversité du système bancaire français. |
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| Écrit par filou54 | ||||||
| 07-03-2008 | ||||||
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On savait déjà que la création d'entreprise en France pouvait représenter un parcours particulièrement difficile, décourageant, et jalonné de diverses difficultés. Entre le nombre de démarches administratives, même si cela tend vers une simplification, mais surtout le nombre d'aides à laquelle vous ne savez plus si vous avez droit ou pas, et quand on ne parle pas des choix fiscaux et régimes sociaux divers et variés qui existent, bref, c'est un peu la jungle. J'écris cet article car je suis actuellement confronté à ce parcours du combattant. Et malgré une expérience de gestion d'entreprise importante, j'avoue en perdre encore mon latin. Pour faire court, j'ai par le passé occupé des postes à responsabilité de direction générale ou direction commerciale pour de grosses entreprises. Je pensais donc légitimement ne pas rencontrer trop de souci dans l'élaboration de mon projet. Au chômage depuis quelques mois, et arrivé à presque 40 ans, fort de mon expérience, je décide donc de me lancer dans un projet de création. J'ai une bonne idée, qui existe et qui fonctionne très bien à l'étranger. Je souhaite importer cette idée en France.
Le passage obligé est donc la création d'un Business plan à présenter aux banques.
Bon, me voilà lancé depuis quelques semaines dans la rédaction de ce document, avec un projet sérieux, et des chiffres prévisionnels cohérents et objectifs. J'ai été honnête dans ma démarche, et indiqué tous les rouages et fonctionnements de ma nouvelle société. J'ai une étude de marché cohérente et prometteuse. Je rencontre les banquespour faire la demande d'un prêt à la création d'entreprise (PCE) de 7000€ et un prêt complémentaire de 25000€.
Dans ma vision des choses, ces montants me semble totalement ridicules pour la création d'une société. Je n'ai pas besoin de locaux, ni de matériel onéreux. J'ai des besoins d'investissement en publicité, en documentations commerciales, mais surtout, je prévois que mon activité va démarrer doucement sur les premiers mois, le temps pour moi d'obtenir les premiers résultats de mes actions publicitaires, mais surtout de ma prospection commerciale. Cela me semble assez logique. J'ai donc besoin de cette somme pour passer la première année. Je prends 6 rendez-vous avec des banques nationales, et je commence à présenter mon projet. Et c'est là que je me rends compte de la perversité de certains établissements financiers, et surtout, de leur rôle majeur dans la politique de la création d'entreprise à ce jour. 1) Une société de services tu ne créeras point Tout d'abord, mauvais point pour moi, je créé une société de services. Je dis mauvais point, car le service, ce n'est pas du tout apprécié par les banques. Pourquoi ? Parce que votre société vend du "vent" (c'est ce que j'ai entendu de la bouche d'un conseiller bancaire professionnel), qu'elle ne dispose pas de biens matériels. En d'autres termes, la banque ne pourra pas saisir de matériel dans votre entreprise si elle se trouve en difficulté, pour rembourser l'emprunt. Elle juge donc le service comme étant d'un risque assez élevé. Bon, j'en prend acte. Visiblement en France, vous aurez plus de chances d'obtenir 500 000€ pour acheter des machines outils, que 32000€ pour du service. La banque pourra nantir le matériel pour son compte, et elle pourra le saisir en cas de difficulté. Mon étonnement se poursuit lorsqu'une banque me dit qu'elle n'est pas vraiment là pour savoir si mon projet va perdurer dans le temps, mais pour savoir si en cas d'échec, elle pourra récupérer ses billes. "Nous préférons financer des artisans ou commerçants, qui, et on le sait, ont des difficultés dans la gestion d'entreprise, dont le projet n'excède pas en moyenne 3 ans pour la plupart, mais au moins, on se récupère sur le fond de commerce " Enorme, mais je prend acte !
2) De salaire tu ne te donneras point Ayant exercé à des postes à forte responsabilité, mon salaire dépassait régulièrement les 4000€ nets par mois. Je suis passé à 2600 en étant au chômage. Je ne me plains donc pas, mais je prévois également mon salaire dans mon business plan. En effet, il me semblait totalement hypocrite et mensonger que de dire à une banque que je créais une activité sans me payer ! Et c'est là que je tombe des nues. Dans mes prévisionnels, je m'étais grassement octroyé 2000€ bruts par mois. C'est le minimum auquel je prétend pour faire face à toutes mes obligations familiales (emprunts immo, voiture, etc...). Mais surtout, c'est bien à moi et à moi seul de travailler durement pour bénéficier de cette rémunération. Et alors là, les banques n'aiment pas cela du tout. En effet, celles-ci considèrent purement et simplement qu'elles n'ont pas à financer du salaire. Et accrochez vous bien, je me suis entendu dire par 3 fois : "Vous savez, pour les créateurs d'entreprise, nous leur demandons, si ce n'est pas déjà le cas, de s'inscrire au chômage. Ainsi, ce sont les ASSEDIC qui financent votre salaire. Nous, nous ne sommes pas là pour cela." Boum, le pavé dans la mare. Le sang ne fait qu'un tour dans mes veines ! Si je résume donc, j'ai un projet de création d'entreprise, qui prévoit que je me verse une rémunération, mais je dois faire supporter cette rémunération par les impôts des français !! Aussi simple que cela...
Je précise tout de même que mon salaire pesait environ 40% du chiffre d'affaire de la première année, qu'il m'amenait à un premier exercice déficitaire, mais complètement rattrapé dès le seconde année, moment où j'atteignais mon rythme de croisière dans mes ventes. L'idée me prend donc de consulter les statistiques de création d'entreprise. Et ce que je trouve ne fait que confirmer mes craintes. Voici par exemple l'extrait d'un article trouvé sur le site "salondesentrepreneurs.com" : " En 2005, plus d’un tiers des créateurs d'entreprise se recrutent dans les rangs des demandeurs d’emploi. "Ce chiffre n’a cessé d’augmenter ces dernières années", explique Patrick Sapy, directeur des partenariats de l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique), qui aide les personnes en difficulté à créer leur entreprise. Et d’ajouter : "C’est tout à fait logique car les aides et les dispositifs d’accompagnement sont plus nombreux. Il est aujourd’hui beaucoup plus facile pour un chômeur de créer son entreprise qu’il y a cinq ou dix ans. Certains parlent même de discrimination positive." Preuve en est l’augmentation du nombre de créations d’entreprises "aidées" : d’après la Dares, elles ont progressé en 2003 de 32 % contre seulement 9,1 % pour les créations classiques." Et je commence à comprendre que les organismes financiers ne sont pas étrangers à ceci, puisque ce sont eux qui vous poussent à vous inscrire au chômage, afin que votre salaire et les aides soient financées par l'état, et non par les banques.
3) Ton Business Plan, honnête, rigoureux et objectif, ne seras point. Et voilà... Moi qui croyais qu'en présentant un document prévisionnel honnête et objectif, intégrant ma rémunération et toutes les charges serait apprécié... Et bien non... 2 banques m'ont clairement dit : "Non, il serait bien que vous me transmettiez un nouveau document prévisionnel qui ne fasse pas apparaître une rémunération aussi élevée. Au moins, on s'assure que le dossier aura plus de chances devant la commission. Là, cela ne pourra pas passer." Oui, mais madame, si je baisse ma rémunération, je risque d'être en grande difficulté personnelle par rapport à mes obligations actuelles. "Ce n'est pas grave, vous trichez un peu sur le Business Plan, mais après vous ferez bien comme vous voudrez dans l'entreprise !!" Je rêve ou elle vient de me demander de tricher ? Et elle ne précise pas bien entendu que le déblocage des emprunts réalisés se fait sur justificatifs. Autrement dit, si j'écoute ce qu'elle me raconte, je ne pourrais pas débloquer mes salaires, je démarre mon activité en étant déjà en difficulté, mais elle aura au moins de son côté, rempli ses objectifs de vente...
4) De pertes la première année, tu ne feras point Autre remarque qui me fait réagir, c'est le fait que mon premier exercice prévisionnel présentait un déficit. Et m'entendre dire "Non,il vaudrait mieux être positif dès la première année" m'a encore fortement étonné.
Le premier exercice d'une société, qu'elle qu'elle soit, est le plus difficile. Tout simplement par le fait qu'une nouvelle activité ne peut être au maximum de son chiffre d'affaire dès les premiers mois. Il est tout à fait idiot et incohérent que de penser ceci. Alors que l'activité démarre, il faut quand même bien prévoir de payer ses charges, son salaire, etc.... Et bien non... Même si vous présentez des prévisionnels sur 3 ans, bénéficiaires dès la seconde année, on vous demande de trouver une solution pour être bénéficiaire dès la première. Ce qui va à l'encontre de toute logique de gestion d'entreprise.
5) A l'ASSEDIC, tu ne reviendras point Enfin, je terminerais en parlant des fameuses aides des ASSEDIC, qui de manière pernitieuse, créent dans certains cas, des exclus. Ces aides sont constituées en fait de vos allocations. En gros, soit vous créez votre activité et votre salaire est constitué des allocations chômages financées par l'état (donc nos impôts), soit on vous verse la quasi intégralité de vos allocations en 2 fois, de manière à vous constituer votre apport (aussi financé par l'état) Oui mais voilà. Pour obtenir ces aides, l'une des conditions est de détenir au moins 51% du capital de votre entreprise. Et on le sait, lorsque vous détenez 51%, vous êtes le gérant majoritaire. Vous faites parti des travailleurs indépendants salairés et vous ne cotisez donc pas aux allocations chômages. Et donc, si vous avez épuisé tous vos droits au chômage, que votre société se porte mal au bout de quelques années, vous n'avez plus de droits aux assedics. Un ami vient d'en vivre la douleureuse expérience. Il a monté une entreprise et a accepté de ne pas se prévoir de salaire sur les premiers mois. Chose complètement idiote, car cela fausse totalement l'activité de l'entreprise. N'ayant jamais pu arriver à se donner un salaire (même pas le SMIC), il a décidé au bout de deux ans de jeter l'éponge. Et il se trouve aujourd'hui en grande difficulté, car ile ne peut prétendre à aucune allocation ni aucune aide. Résultat, pour son épouse et ses deux enfants, une traversée du désert particulièrement difficile. En plus du constat d'échec personnel qui peut être difficile à surmonter, ce système jette des familles entières dans la pauvreté. Et cela représente au moins un avantage, ils ne font plus parti des statistiques officielles du chômage. Donc, lorsque j'explique aux banques que je ne souhaite pas que mon salaire soit financé par les ASSEDIC, car je souhaite conserver mes droits en cas d'échec de mon projet, j'obtiens une fin de non recevoir.
Bref, en résumé, en France : - Ne pas prévoir de créer une activité de services (alors que c'est le seul secteur en progression pour les années à venir) - Ne pas se donner de salaire dans son entreprise, ou le faire financer par l'état et les impôts des français. - Prendre les aides à la création d'entreprise, au risque de se retrouver exclu du système en cas d'échec de votre projet - Faire en sorte, contre toute logique économique, que votre première année dégage des bénéfices. - S'attendre à devoir vous inscrire comme chômeur pour créer votre entreprise, sur le conseil des banques. - Trichez sur vos prévisionnels pour faire plaisir à la banque, et vous casser la figure derrière.
Alors, je ne suis pas totalement découragé pour autant. Je continue mes démarches pour trouver 32000€.
Mais il faut quand même bien avouer que le système est totalement perverti. Et à ceux qui disent que les chômeurs sont des fainéants, qui vivent au crochet de la société, je répondrais que souvent, ce sont aussi des personnes qui ont été aiguillées sur cette voix, conseillées par les banques, et qu'on ne voit pas tous ces petits créateurs, qui après échec de leur projet, se retrouvent au banc des exclus du système, et souvent, sans même le droit au RMI. Et dire que je voulais me lever tôt pour travailler et gagner plus... !!!
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1. 11-03-2008 16:41 Excellent témoignage, bien documenté et instructif Visiteur |
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